Mexique. 1997.
Sur la plage de Xpuah (prononcer chpoua)
Il fait beau, il fait chaud, la vie est belle.
Il est tôt et cest le meilleur temps pour se lever. Lhorizon est une rosace docre et dorange qui vous grimpe dans les veines et vous donne instantanément droit à une bonne journée. Dabord, sortir de notre petit abri de terre et de paille. Normalement, tout des déroule pour le mieux. Mais lorsquune miniature petite créature caractérielle et potentiellement dangereuse vous bloque le passage, vous savez déjà que cette journée prend une autre tournure. Quoique lévénement nait pu durer que cinq minutes tout au plus.
Il est joli, ocre et brun. Il fait une belle paire avec lhorizon, avec ses quelques taches quasi transparentes, son costume aux allures invincibles et sa posture princière. Mais voilà, il nest pas là où jaimerais quil soit. Monsieur le scorpion se trouve à lintérieur même du pallapas, cherchant, dirait-on, à se cacher des rayons matinaux et assassins du céleste empereur Soleil. Mais je men fous!! Jai faim. Pendant quà lextérieur quelquun part chercher de laide de la part dun expert en la matière (il y en a !?!), cest-à-dire celle qui consiste à se débarrasser dun minus qui pourrait me donner 104 de fièvre en moins de 5 minutes, je me procure une espèce de gros vase transparent. Défiant toute logique faisant de moi un de ces experts, je me décide à le coffrer attendant les secours. Profitant du fait quil me tourne le dos, attendant probablement le moment opportun pour foutre le camp, je réussis à ceinturer ce magnifique malotru dans sa temporaire prison de verre.
Cet excitant exploit accompli, gonflé dorgueil et de pouvoir, je me permets de taquiner lanimal pour sa vilaine escapade en tapant un peu partout sur sa prison. Il nest pas content. Mais pas du tout. Môôsieu use de ce dard magnifique mais ô! combien apeurant qui lui sert dappendice, pour tenter de faire mal à cette cage qui ne lui plaît manifestement pas. Cest du verre tarla!!! Essaye tant que tu voudras Mais il ne mentend point. Je ne lui ai pas vu doreilles de toute façon. Endiablé, il tourne, grimpe, saute, pique, rage et rage et rage tant que tu peux...que je suis pris dun fou rire, amusé de ce petit cirque inattendu. Mais cétait mal connaître lennemi. Tout dun coup, comme si cet étrange arachnide devinait que sa crise de nerf ne lui servait en rien, il simmobilisa net. Inquiet de ce changement dattitude je me mets à penser quil vient peut-être de trouver un truc pour séclipser de sa coquille sans permission, et sous mon nez pour aller je ne sais où, ce qui est, bien entendu, hors de question. Cette histoire prend fin lorsque je décide de stabiliser ce gant de verre pour nen laisser échapper ma proie, en y appuyant ma main sur le dessus. Ce geste donnera une telle impression de danger extrême à mon nouvel ennemi quil en fera un dune tristesse et dune fatalité inégalée. Sa queue sétira de tout son long, découvrant ainsi une goutte de poison samonceler sur le dard, pour ensuite plonger ce dernier dans son cou, entre les deux carapaces que forment sa tête et ses omoplates. Au terme de ce combat inégal, il se crispa, tangua quelque peu et finalement se relâcha de tout son petit corps pour expirer une ultime fois, soupir que je nentendrai pas, mais ô! combien ressentirai !
Il a fait beau. Il a fait chaud. Mais la vie avait dans ma bouche ce goût amer de la culpabilité qui trotte dans notre conscience.