À la maison de campagne, nous avions construit un grand enclos et là y vivaient paisiblement deux oies, trois canards et cinq poules. Un vieux cabanon de bois faisait office d’abri et un petit étang avait été creusé au centre de l’enclos pour rafraîchir les oiseux par temps chauds. Nous n’y venions que les fin de semaines et un voisin s’assurait régulièrement que les animaux ne manquaient de rien en notre absence.

Lorsque nous arrivions à la campagne le vendredi vers la fin de la journée, aussitôt descendu de la voiture, je me dirigeais vers l’enclos à la rencontre d’une amie très particulière. Une belle grosse poule rousse se précipitait chaque fois à ma rencontre, trouvant le moyen de se faufiler à l’extérieur de la clôture, elle courrait vers moi en battant des ailes comme pour me témoigner de son enthousiasme. Elle me regardait d’en bas, basculant la tête de côté afin de me regarder de son bel œil doré et tout en picorant quelques brins d’herbe, elle semblait me parler dans son langage de poule.

Elle passait ainsi ses journées en notre compagnie, tantôt perchée sur mon bras, tantôt ramassant les miettes sur le plancher de la cuisine lorsque nous préparions les repas ou encore, les soirées où elle tenait compagnie à ma mère qui tricotait sur la galerie.

Le dimanche venu, je la reconduisais à l’enclos et lui promettait de revenir la voir la semaine suivante.

Le vendredi d’après, lorsque j’approchai de l’enclos, ma poule ne vînt pas à ma rencontre. En fait, il régnait un désordre inquiétant dans le cabanon, les nids étaient défaits, il y avait des plumes tout partout et je ne voyais que deux poules blanches, deux oies et les trois canards. Ma poule avait bel et bien disparu et ce n’est que quelques heures plus tard que j’appris le triste destin de mon amie ailée. Notre voisin vint confirmer ce que je craignais le plus, une bête sauvage était venu se nourrir à même le poulailler et ma poule rousse était au nombre de ses victimes.

Je n’ai jamais plus rencontré de poules comme elle.