(J’avais quatorze ans, retiré de l’école pour 1 mois, afin d’aider mon père à faire les sucres.)

Dans le bas du fleuve, les érables sont entaillés rarement avant le mois d’avril, surtout à la période du premier quartier de la lune. Cette année-là, cette période était la période de la semaine sainte. Mon père décida d’entailler les érables le Jeudi, Vendredi et Samedi Saint, or, le Jeudi Saint à dix-huit heures, il y avait à l’église la messe de l’Eucharistie, ce qu’on ne devait rater sous aucun prétexte. Il fallait dons aller à la messe, et immédiatement après, atteler la jument sur le gros traîneau, et à la noirceur monter à la cabane à quatre milles de la maison.

La cabane à sucre, pièces sur pièces d’arbres complets, était divisée en deux parties ; soit : la partie où l’on boue l’eau dans trois grandes tôles, 8 x 3 x 8 de profondeur, et la partie logeable munie d’un poêle, d’une table fixée au mur, et de trois bancs, deux lits doubles superposés et garnis de paillasse et de couvertures de laine. Le lit supérieur était à pas plus de deux pieds du plafond. Une petite échelle au pied du lit me permettait d’y grimper.

La porte donnant accès à la partie cuisine était un peu battante et n’isolait pas tellement ; pourtant j’adorais cette pièce, car à cet endroit, mon père m’apprit à préparer les aliments.

Nous arrivâmes à la cabane à onze heures du soir. Il faisait noir comme chez le loup, et la jument était très fatiguée. Après le dételage et les soins à la jument, j’allumai la poêle et fit du thé. Mon père déjà couché sur le lit d’en bas me dit : ‘éteint la lampe, on verra demain’. Tout habillé, je montai sur le lit et m’endormis à l’instant

Cinq heures du matin, mon père déjà levé était au poêle à préparer le déjeuner. À cet instant, je sentis un bruissement à ma droite. La noirceur m'empêchait de voir, il y avait quelque chose c'est sûr !

Je ne bouge pas, retiens mon souffle, encore un bruissement, paralysé par la peur, je réussis à descendre mon bras gauche le long du lit et fais un signe à mon père ; il s’approche sur la pointe des pieds, prend la lampe de poche sur la table, allume. À ma droite au fond du lit, dans le même sens que moi : un gros porc-épic, qui n’ose pas bouger, tout gêné d’être là, il était là à mon arrivée, a passé la nuit avec moi, ayant la ''délicatesse'' de ne pas me réveiller durant la nuit.

Je descends du lit, ouvre la porte et commence à déjeuner sans me soucier de lui. De reculons, il descend lentement dans l’échelle, sort de la cabane et grimpe dans la première épinette venue.

Histoire invraisemblable, mais réelle que je n’oublierai jamais. Ce qui me permis de réaliser que cette bête n’est pas dangereuse.