Notre érablière était située sur une élévation entourée au sud par une grande cédrière, ''ravage'' de chevreuil l’hiver. L’hiver ces
cédrières sont habitées par le chevreuil parce qu’il n’y a presque pas de neige au sol et que les bases branches les nourrissent. (Les cèdres sont la survie du chevreuil.

À l’est : un long coteau, plein de bouleaux descendant jusque dans un bas-fond de sapins, un peu marécageux. Au nord : l’élévation se continue dans une immense forêt sans fin de bois mélangés : épinette, merisier, hêtre, etc. À l’ouest : l’érablière se continue un peu, mais surtout plein de plaines (érables molles), qui coule aussi le printemps mais dont l’eau est peu sucrée.

Ce printemps, nous avions commencé l’entaillage à plusieurs : mon père, mon frère et moi, deux de mes beaux-frères, dont l’un est un très grand chasseur. Tout allait bien et les soirées à la cabane n’en finissaient plus avec toutes ces histoires de chasse plus ou moins invraisemblables.

J’avais déjà installé mes collets à lièvres alentour d’un fort en rond, fabriqué avec des branches de sapin, plantées l’une près de l’autre sur un diamètre de vingt pieds en laissant ici et là une ouverture (porte) où j’installe mes collets. La raison c’est que dans une forêt de bois franc très aérée, il est impossible de localiser une route régulière ou un chemin emprunté par le lièvre lors de ses grandes virées ‘nuptiales’. Alors le truc, dans ce grand cercle, j’installe trois ou quatre branches de jeunes merisiers, (le lièvre raffole de ces bourgeons). Pour y avoir accès, il doit passer par les portes. Le lendemain matin, je ramasse deux à trois lièvres, ce qui nous permet de se nourrir de cette viande à bon marché.

Mais là n’est pas mon sujet…j’ai remarqué en installant mes collets sur le coteau est, que l’écorce des bouleaux avait presque tout été enlevée. J’en fis mention à mon père qui répondit : ''Il y a un ours dans le coin''.

Mon beau-frère chasseur fixa ses raquettes et nous voilà tous parti ; mon père et mon beau-frère connaissait très bien ce qu’est une cache d’ours qui hiberne et commencèrent à chercher ici et là, un rocher ou un trou quelconque, peine perdue... ils ne trouvèrent rien.

L’écorce de bouleux émiettée constitue un matelas de rêve pour passer l’hiver. C’est l’utilisation qu’un ours en fait pour hiberner. Durant une semaine, jour après jour, je descendais la côte cherchant un indice, lorsqu’un bon matin, je crus trouver l’endroit. Un immense arrachis d’un merisier tombé, de laquelle nous avions deux ans avant, tiré plusieurs bûches de bois de chauffage. De l’arbre coupé, la souche s’était refermé partiellement laissant un grand trou dissimulé par la neige.

Je courus à la cabane, avertir la famille! Pelles, haches, bâtons tout fut réquisitionnés. Sous l’arrachis, personne ne voyait rien, enlever la neige à la pelle, dégager complètement tout le devant de l’arrachis pris une heure au moins. Mon père dégagea ce qui restait avec ses mains, éclaira à l’intérieur, et là, deux petits yeux rouges le regardaient à deux pieds de sa figure.

Il rampa à reculons, lentement, c’était silence… personne ne parlait. Nous nous regardions stupéfait ! Alors mon père se releva et dit : '' Bah! c’est une femelle, elle a peut-être des petits, laissons la tranquille…''

Le lendemain je demandai à mon beau-frère (plus vieux) : ''Comment mon père peut savoir que c’est une femelle? ''

Il me regarda en souriant…..