Mon premier souvenir, quoique très confus et réinterprété quelque peu par la narration de mon père, se trouve en Afrique plus précisément à Nabeul, en Tunisie. Nous sommes en 1975.

Là-bas, les bergers existent aussi. Ainsi que les moutons. Par contre, l’abri de ces laineux diffère de ceux que l’on trouve en occident, du fait qu’ils ont quasi sous terre. Les bergers gardent leur bétail dans une espèce de gros monticule de terre creusé en son centre ainsi que par un côté, permettant ainsi à l’animal de faire son chemin vers son abri. C’est comme un énorme igloo carré, évasé sur les cotés et à ciel ouvert et creusé à moitié terre. Pour les nourrir, les marchands de laine se fabriquent dans la terre un escalier qui permet de se rendre au-dessus du monticule et ainsi voir le troupeau massé tout en bas, à environ 6 à 8 pieds de profondeur.

Ces marches, je les monte à reculons, racontant à mes parents une histoire interminable sur un sujet probablement peu intéressant que mon père a depuis longtemps oublié. Mon père n’est pas berger. Encore moins berger tunisien. Il ne sait donc pas ou son galopin de fils se dirige, pas plus que ce dernier d’ailleurs. À trois ans, c’est pardonnable. Cette histoire n’aurait peut-être pu être raconté si le troupeau n’avait pas été en place. Mais en bon samaritain qu’ils sont, ils ont bien voulu amortir ma chute de quatre fois ma grandeur, pour ne procurer qu’à mes parents une terrible frousse qu’ils ont mis du temps à oublier. Au grand étonnement de papa, les bêtes n’ont fait aucun cas de ma présence, sauf peut-être mon sauveur qui dû me trouver plutôt inopportun de troubler son repas, m’évitant ainsi un piétinement certain.