mascotte

Étant sans le sou, une petite annonce dans le journal demandant un artiste pour fabriquer des mascottes me sauta aux yeux, moi qui cherchais un emploi au plus vite. Quand je rencontrai l’employeur, il m’expliqua que, pour la fabrication des mascottes, ça irait à plus tard, à mon grand dam. Mais, question de m’accommoder (et lui-même par la même occasion), il m’offra de me glisser dans la peau d’une mascotte pour une semaine; n’ayant rien trouvé de mieux, j’acceptai.

Lundi matin, à l’occasion d’une vente trottoir, je me glissai dans un énorme
lion et commençai à déambuler dans la rue en me dandinant d’un pas dynamique et exagéré. Emprisonné dans ma lourde cage de mousse, de tissus et de métal, j’avais chaud, je suais, ce qui faisant ainsi ressortir la sueur accumulée des anciens occupants, donc ça sentait très fort. Mais, de voir constamment sur le visage des enfants la joie et l’allégresse me comblait d’aise, et c’est vraiment ce qui m’a permis de me rendre jusqu’au bout de ma journée de travail.

Le lendemain, ça n’a pas été aussi bien malgré un bon début, les enfants semblaient apprécier encore plus cette mascotte. En fait, j’étais un
dinosaure mauve avec un cerceau qui soutenait une immense bedaine. Donc, tout allait bien, les bras dans les airs je dansais, j’avais à l’esprit une petite musique gentille qui rythmait mes pas, un xylophone féerique. Tout à coup, un groupe d’adolescent s’approcha de moi et ils commencèrent à me harceler en me tirant de tous côtés et en me lançant des paroles désobligeantes dans la langue de Shakespeare. Je vous laisse imaginer…
Réussissant à me défaire d’eux, mon humeur était au plus bas et je marchais les bras ballants, la sueur au visage et l’odorat en déconfiture, essayant d’oublier cette odeur insupportable.

Quelques minutes plus tard, je vis apparaître dans la rue une grosse
Rolls-Royce. La voiture se gara et un couple accompagné d’un petit garçon en sortit. Ils étaient habillés en tenue de gala, le petit aussi, et ils semblaient d’origine arabe, je m’imaginais que l’homme était un magnat du pétrole. En me voyant, le petit garçon se dirigea vers moi en courant, les bras en croix, les yeux illuminés. Devant ce spectacle, à mon tour je me fis plus démonstratif, j’oubliai ma dernière mésaventure et me replongeai aussitôt dans mon personnage. La la la la! Il arrivait à toute vitesse et, à quelques mètres de moi, il plaça un de ses bras droit devant et s’élança en direction de ma bedaine. Cette bedaine était constituée d’un tissu mince, donc son petit poing passa facilement au travers et frappa de plein fouet mes testicules. Ouille! Je me retrouvai couché par terre, les yeux fermés
par la douleur et, quand j’ouvris finalement les yeux, je vis quelques personnes au-dessus de moi qui me demandait si ça allait bien. Je répondis oui et ils m’aidèrent à me relever.
Le petit garçon et la
Rolls-Royce avaient disparu; et je remis m’a démission le soir même.