J'avais environs 17 ans, 10 décembre, camp de bûcheron pour la Québec North Shore Paper, Baie-Comeau, Québec.

Le camp situé tout près d’un lac, pas grand, traverser le matin, revenir le soir à la brunante. La glace n'était pas épaisse mais assez pour porter un homme. Ce soir-là j'avais été retardé, mais je connaissais bien le chemin. Les lumières du camp éclairaient particulièrement le lac comme à la brunante. Mes co-équipiers étaient déjà loin, je savais qu'il n’y avait rien à craindre : les ours, les loups, les loups-cerviers : pas un 15 décembre quand même!

Mais, j'avais peur.

Arrivé sur le lac, je respire un peu mieux, je marche à grands pas et Paf! Je rêve?

À 50 pieds, il y a une bête dans mon sentier. Arrêtée, qui ne fait rien, qui me regarde.
J'ai des frissons, ça me semble être un
loup. Oui !! c'est un loup. Le poil un peu gris, gros, énorme. Il s'assoit ; sur la glace à côté du sentier, il y a 6 à 8 pouces de ''slush'' recouverte de 10 pouces de neige molle.

Que faire? J'attends. Je ne bouge pas, 3 minutes, 5 minutes ; ce qui me semble être une heure! Crier? Qui m’entendra. Retourner? Ne jamais tourner le dos à un carnassier. Je décide de siffler. Le loup ne bouge pas, ne fait rien. Je décide de le contourner, lentement, toujours en le regardant, mes pieds s’enfoncent dans la ''slush'' jusqu'à la glace, je continue en demi-cercle, en le fixant toujours. Cette neige, cette ''slush'' l'empêche de venir vers moi, (c'est sûr). Le désire-t-il?

Il se lève, se tourne et se rassoit. Rendu au sentier, je me secoue, fait du bruit. Il ne bouge pas ; me regarde toujours. Alors, je m'éloigne en reculant lentement. À 200 pieds de distance, je détale à pleines jambes jusqu'au camp.

Je regarde alors sur le lac, rien, le sentier est vide. Je rêve?

Après le souper, avec 2 amis, je suis retourné à l'endroit. Ils ont vu le demi-cercle, les pas dans la neige et, ... les traces du loup.