C'était l'automne. Les écureuils préparaient leurs nids pour l'hiver en farfouillant partout.

À la campagne chez mes parents, c'est la même 'guerre' à chaque année entre mon père et les écureuils. Son seul compromis étant de ne pas les tuer mais de les attraper avec des trappes et de les 'déporter' en forêt.

Cet automne-là, un écureuil un peu spécial tournait autour de la maison. Il était différent à sa façon de ne pas avoir peur de nous et à la manière qu'il avait de 'vaquer' à ces occupations... c'est difficile à expliquer... mais il m'est déjà arrivé de 'croiser' des animaux semblables.... ils sont différents des autres.... ils sont plus vifs, plus 'allumés', plus expressifs... plus 'humains' aussi... dans leurs façons de nous 'toiser'...

Bref....

Un matin mon père se lève et nous dit : '' Bon, ça fait, si vous n'attrapez pas l'écureuil aujourd'hui, moi je sors ma carabine ''. Nous protestons.... rien à faire.

En colère, je sors dehors fumer une cigarette. À ma gauche par terre il y a une des trappes. L'écureuil est assis dessus et grignote tranquillement quelque chose. Nous sommes tous les deux de côté, lui face au sud, et moi, face au nord.

Soudain, en le regardant, toutes les sensations de mon corps disparaissent et tout ce que je sens c'est mon œil gauche, celui qui regarde l'écureuil. Tout devient noir, je ne vois plus ce qu’il y a autour de moi. Et je sens mon œil grossir. C'est comme si je n'avais plus de corps. Tout ce que je sens c'est mon œil ; je ne suis qu’un œil immense.

Je regarde toujours l'écureuil. Tout aussi soudainement l’œil de l'écureuil devient immense aussi. Et il s'avance vers moi... vers l'œil que je suis (!)... en trois bond : pouf ! pouf ! pouf !

Son œil est maintenant devant le mien. Nos 2 yeux sont collés, face à face. Je sens avec mon œil, comme on sent avec sa main (!). Je touche l'œil de l'écureuil en le regardant. Je regarde dans son l’œil et je suis complètement absorbée, complètement fascinée...

Son œil devient l’œil d’un oiseau, puis, celui d’un poisson, puis, celui d’un reptile.

Il n'y a pas d'émotions dans le regard de l'œil de l'écureuil. Tout ce 'déploiement' se fait avec beaucoup de précision, d'attention, voir de finesse. Au bout d'un instant, je ne saurais dire combien de temps, nos 2 yeux reculent et nous nous retrouvons tous les deux tel que l'on était. Moi, debout avec ma cigarette, lui, assis de côté sur sa trappe.

Je rentre dans la maison et je dis à mon père : '' Non franchement, cet écureuil est réellement spécial... je ne sais pas trop comment te l'expliquer... mais crois-moi... il est très intelligent ''. (!)

Une heure plus tard, l'écureuil était dans la trappe.

Avec beaucoup de précautions, nous l’emmenâmes dans la forêt, dans un bel endroit... en lui laissant beaucoup, beaucoup de noix.