Il y avait toutes sortes d'animaux qui vivaient avec nous dans la baie ; des loutres de mer, des phoques, des hurons, des aigles à têtes blanches. Il y avait entre autres et surtout, trois corneilles. Elles étaient toujours ensemble. Elles étaient toujours là. Nous les appelions les Sœurs Brontë.

Quand j'étais dans la maison, je pouvais savoir tout de suite, par leurs cris, si quelque chose se passait dans la baie. Avec le temps, j'ai appris à reconnaître leurs croassements ; à comprendre à travers leur signal s'il s'agissait de quelque chose d'habituel comme l'arrivée d'un bateau familier (le facteur livrant la malle) ou s’il s'agissait de quelque chose d'anormal.

Un week-end nous décidâmes mon ami et moi de repeindre les fenêtres extérieures de la maison bateau sur laquelle nous vivions. Pour repeindre il fallait attacher une chaloupe le long de la maison et se tenir un peu en équilibre avec la maison qui bouge toujours un peu sur l'eau. À la fin de la corvée, mon ami échappa par mégarde un demi-gallon de peinture jaune dans l'eau. Horrifiés, nous tentâmes de récupérer la peinture. C'était une tâche difficile, il y avait du courant et les nappes de peinture se déplaçaient, etc.

Après avoir nettoyé du mieux que l'on put, nous entendîmes les Sœurs Brontë faire beaucoup de bruits. Elles tournaient dans la baie en croassant sans arrêt. Je sortis voir ce qui se passait et je vis que le balcon était couvert de fientes d'oiseaux ... je courus voir sur le balcon avant ... même chose.

Les 3 Sœurs Brontë étaient là, perchées sur le même arbre près du quai. Elles croassèrent et croassèrent, sans arrêt, furieuses, pendant un long moment.