J’ai deux minuscules cicatrices.

L’une, logée directement sous ma lèvre inférieure, commence au centre de ma bouche et se termine un peu plus vers ma droite en ayant pris soin, durant son trajet, de prendre la forme d’un sourire. L’autre, située au-dessus de ma lèvre supérieure, prend aussi naissance au centre, mais se fraye un chemin en direction de mon nez. C’est à mi-chemin qu’elle se termine comme épuisée par sa course.

Maroc 1975. Ville de Meknès à l’ouest de Rabat.

Je tenterai toujours d’imaginer le visage de ma mère lorsque qu’elle a vu son fils arriver en pleurs et plein de terreur, le visage, les mains et le petit chandail ensanglantés.

Je tenterai toujours aussi de m’imaginer en train de raconter l’histoire du gentil chien que je voulais flatter et qui s’est fâché. Je ne voulais pas qu’il se fâche moi. Je voulais juste être gentil avec le chien. Je devais m’ennuyer des miens.

27 ans plus tard, malgré ce baiser canin d’une violence certaine, j’adore encore ce meilleur ami de l’homme.